PETIT BONHOMME (Manuel, 39 ans)

 

Nos chemins se sont croisés sur internet. Nous avions le même âge. Il se trouvait à un endroit éloigné et inconnu de moi, pourtant Il avait cet étrange pouvoir d'être tout entier dans ma poitrine et d'y laisser échapper son souffle. Un souffle capable de m'anéantir. Pendant qu'il me faisait souffrir de l'intérieur, je sentais ma douleur s'exprimer au niveau d'un seul organe : le cœur. Il s'en était emparé et il ne se doutait de rien. Je l'ai aimé sans le voir et sans le connaître. Je l'ai senti, pendant quelques jours, accrochée à mon cœur.



Nous sommes au début du printemps, c’est le moment de notre rencontre. Il avait le regard tranquille, sans inquiétude. J’avais le cœur comme un jour de tempête, quand le vent vire au cyclone, que l’on ne sait pas où l’on va. Il faut dire que tu étais magnifique, sauvage et puis… Tu marchais d’un pas tranquille, nous descendions vers la place.


La tempête dans ma vie, date bien de ce moment là.



Mes mains sont froides, il ne se plaint pas. Elles se réchaufferont au contact de sa peau. D’abord son ventre ensuite ses lèvres. Ma bouche en a acquis le goût ainsi que celui de sa peau. Ce sont ces saveurs vitales et insatiables qui m’emportent vers un désir impossible à réfréner. Doucement je descends. Je suis les courbes de son corps. Je le caresserai et je l'embrasserai en entier, j'y consacrerai mon temps et, pourquoi pas, ma vie. Je suis couché sur lui. Nous faisons l'amour dans cette position.



Au levé du soleil, il a pleuré dans mes bras. Ma conscience s’est affolée, ses larmes ont creusé un sillon dans mon cœur.
Je connais le poids de ses larmes, de ses questions intérieures. Je comprends bien qu’il se protège de tous mes mots et tous les pièges en taisant ses douleurs. Je connais la liste de ses barrières qui l’empêchent d’être lui, pour avoir les mêmes. Je suis là, dans le silence, j’attendrai qu’il s’avance pour avouer ce qui lui est lourd. Ses lèvres, ses paupières ne cachent plus pour moi le fond de son cœur. Il est à la fois si fragile, je voudrais le protéger de ces mots qui blessent ; et si fort que mes incertitudes disparaissent au son de sa voix.



Pour toutes ces raisons, la distance qui nous sépare est pour moi le plus grand de mes combats.