MAIN (Germain, 43 ans)

 

J’ai vingt-trois ans, il en a quarante-trois. La vie m'a ouvert les bras le soir de notre rencontre, dans les rues de Carcassonne. Comme une étoile soulevant tout sur son passage, il est entré dans mon corps.


Au soleil levant, je m'étire doucement. Il n'est plus là. Il se réfugie chez lui tous les soirs, comme un père et un époux modèle.


Voilà déjà un an qu'il passe journellement quelques heures dans mes bras.

Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Il vit avec moi. Ce matin, je me sens si heureux, dans le creux de son ventre.
Comme une ombre, je le suis et je m'attache. Chaque nuit je l'enlace pour m'endormir.

Mes peurs sont présentes, celles de ses absences. Je n'ai pas vu le danger s'insinuer lentement. Je devrais pour me venger avoir des tas d'amants.

Tu dis qu’il faut pardonner un égarement. Pardonne-t-on un écart de cinq ans ?

La vie me fait peur avec ces pourquoi.

Un seul de ses effleurements, une seule de ses secondes, comme des traces qu’il laisse de plus en plus profondes me blessent. La fuite est inéluctable. Je sais que tous les jours n’auront qu’un goût de rien. Pourquoi soudain la vie qui se dessine, on ne la voit plus que sous des pluies et des torrents de souffrances.

J’ai mis la clé de l’appartement dans la boîte aux lettres. Désolé, mais la vie à deux, je la voyais autrement.

Quelques mois ont passé. Je cherche encore nos corps à corps. Lorsque je ferme les yeux, c’est à lui que je pense.