LE TOURBILLON DE LA VIE

 

Mes parents ont une vie sociale folle. Dans ce tourbillon, ils n’ont plus guère le temps de se préoccuper des petits détails de notre quotidien, et ils ont embauché pour cela Albertine, une bonne congolaise. Je vais avoir avec Albertine, mes premières conversations « philosophiques ». « Tu ne dois pas oublier, Laurent, me répète-t-elle souvent, que le monde n’est pas à l’image de celui que tu côtoies aujourd’hui. La réalité est douloureuse, la vie est difficile, et un jour peut-être elle le sera aussi pour toi. Tu dois le savoir et t’y préparer. »



Ma mère est au côté de son mari, et cependant elle s’ennuie. Je suis dans ma quinzième année et je ne me doute pas que nous vivons nos derniers moments de concorde familiale. Nos parents achètent une très belle villa qui surplombe le fleuve Congo et n’est qu’à dix minutes du centre ville. Tout semble donc se présenter sous les meilleurs auspices. Pourtant, secrètement, nos parents s’éloignent l’un de l’autre. Papa assouvit ses passions sans compter, mais maman cette fois ne le suit plus. Elle ne veut plus être son accompagnatrice, souriante et dévouée, elle veut vivre par elle-même.