LA FUITE

 

On doit être à la fin du mois de septembre. J’ai seize ans, je porte un pantalon gris qui est trop grand pour moi, un pull bleu, des baskets qui me serrent et m’écrasent complètement les pieds. Elles me font mal, car je n’ai pratiquement jamais porté de chaussures jusqu’à ce jour.



Je suis frigorifié, je tremble, c’est à peine si je sens mes mains et mes oreilles. Je ne porte ni gants, ni écharpe, ni bonnet. Je ne sais pas comment on s’habille en hiver. Je ne connais pas cette saison.



Maman, Thierry et moi nous trouvons à la gare de Toulouse. Un vent glacial souffle sur le quai. Il est neuf ou dix heures, je ne sais plus exactement. On nous explique comment trouver le train pour Paris. Il nous a fallu un certain temps pour arriver sur le bon quai.



Je transporte un sac que je serre très fort contre moi et une valise qui contient le peu d’affaires que j’ai pu apporter.



Je suis nerveux, mes sens tournent à plein régime. J’observe avec méfiance les gens qui m’entourent. Tout est si nouveau pour moi, si étranger, sombre et menaçant. Je parcours le quai du regard. Je vois s’approcher le train qui doit me conduire vers ma nouvelle vie. Lorsqu’il s’arrête, les gens se mettent à monter dedans frénétiquement. Oubliant momentanément le froid, je reste là, saisi par la curiosité.



Nous bondissons à l’intérieur du train par la première portière. Il était temps puisque qu’il se met aussitôt en branle. Quelques heures plus tard, le train se met à ralentir. Nous sommes devant la porte. Lorsque le train s’arrête, nous voulons descendre, mais la porte ne s’ouvre pas. Dois-je appuyer ou pousser quelque part ? Une personne passe devant moi, tourne un levier et la porte s’ouvre.



Quel soulagement de voir enfin le quai ! Je regarde autour de moi. Il fait sombre hormis quelques lumières au-dessus de nos têtes. Le froid me saisit à nouveau. Je commence à trembler. Une sensation douloureuse qui m’était jusqu’alors inconnue. Je claque des dents, je regrette la chaleur humide de la forêt tropicale et son soleil brûlant.



Nous prenons un taxi pour nous rendre chez Eric. Le taxi roule de plus en plus vite et mes pensées défilent au même rythme. Mon esprit quitte ce lieu sombre et froid. Je m’envole dans le passé. Des couleurs bleues, jaunes, rouges et vertes passent devant mes yeux. Je m’envole dans la chaleur, le soleil luit, ses rayons volent avec moi, dansent autour de moi et enveloppent mon corps de leur bienfaisance. Je vois mon enfance.