L'OURS BLANC (Pierre, 55 ans)

 

J’ai rencontré Pierre en cette fin février, par un après-midi ensoleillé. C’est un être à qui j’ai envie de tout dire, à qui j’ai envie de plaire. Je veux l’emmener dans mon histoire, dans mes rêves, même les plus fous. C’est reposant. Son regard me donne envie de lui donner toujours plus.



Je connais le risque de ce genre de relation. Je peux essayer de l’aimer sans m’abîmer, sans le décevoir. Pas de brosse à dents entre nous, pas de danger de se lasser. Il est périlleux de tomber amoureux d’un homme dont le cœur n’est pas libre. Mais, c’est possible, malheureusement. Il faut juste profiter de ces quelques heures et se dire qu’elles valent des jours…



Aujourd’hui, il n’est plus là. Je ressens cette torture qui me donne l’impression d’être dévoré à petit feu.



Que se passe-t-il ? Pour que je te dise ça. C’est peut-être ma tête ; je ne l’entends plus. À moins que ce soit mon cœur.
Il ne reste rien du tout, de cet Ours Blanc.


Que pouvais-je espérer ? La terre tourne toujours.
Je crains le bonheur. C’est trop de ciel, trop de soleil. Celui que l’on vous donne et surtout que l’on vous retire trop rapidement.



Il faut arriver à parler des choses tristes, des moments où l’on se sent faible, mal aimé et inutile. Pourquoi toujours vouloir faire celui qui gagne, qui est vainqueur ? Les épreuves nous construisent.