GO, GO, GO, ...

 

Go, go, go, ... ! » Le commandement claque comme une balle trop rapprochée. L'injonction brutale domine le vrombissement des moteurs de l'avion. D'instinct le premier à la porte jaillit hors de la carlingue. Mes compagnons « poussent » derrière moi. En quelques secondes le stick se retrouve entre ciel et terre. La descente ne dure pas. La terre monte vite, très vite. Attention au contact avec le sol ! Jambes jointes et légèrement pliées. Le choc est rude. Nous sommes chargés. Parachute, armement, paquetage, une cinquantaine de kilos qui alourdissent d'autant.

Se dégrafer. Saisir son arme et ses munitions. Ajuster son sac sur le dos. Courir vers le point de rassemblement fixé avant d'embarquer, fumigène ou point caractéristique en bordure de la zone de saut. Encore quelques secondes et une troupe descendue du ciel s'avance prête à combattre.

Le saut en parachute ne relève pas du surhomme. Se jeter dans le vide à quelques centaines de mètres de haut ne s'assimile tout de même pas à un acte logique. Le geste requiert une bonne santé morale et physique. Capacité à vaincre son appréhension légitime. Aptitude à affronter les aléas de la descente et surtout de l'arrivée au sol. La reprise de contact avec le plancher des vaches manque de douceur. Corpulence, raideur, peuvent se payer cher. Entorse ou fracture. Le parachutisme implique sélection et entraînement. 


Devant la porte, tous les hommes sont égaux. De l'officier supérieur au dernier grenadier-voltigeur, les galons n'existent plus. Le pas à faire est le même pour tous. Cette fraternité soude les individus. La réticence vaincue donne au parachutiste un sentiment de force et de supériorité. Nous nous sentons de taille à affronter et à vaincre l'adversaire qui se dressera devant nous. Il n'est pas à s'étonner que les unités aéroportées aient le sentiment de former un monde à part pétri d'audace et de fierté.